...A Pâques, Valérie part pour toute la durée des vacances. La famille souhaite me rencontrer avant le départ. Tous deux sont enseignants. Ils ont repéré les difficultés de Valérie et souhaitent l'aider en la faisant travailler. Je donne quelques pistes pour consolider les acquis encore fragiles. J'insiste sur l'aspect ludique que doit garder ce temps de travail de vacances. Je propose des activités, des sorties... Créer un « vécu commun » me parait, à cette étape plus important que le scolaire.
Au retour de vacances, Valérie est enthousiaste. Elle a visité la région, joué avec sa nouvelle famille, écouté des histoires... et « travaillé beaucoup »... Ce
sont ses propres mots.
Le week-end suivant, la famille demande à me voir. Cette fois, l'entretien est plus difficile. L'enfant est plus en difficulté que ce qu'ils croyaient mais ils sont
persuadés que l'amour qu'ils vont lui donner va faire des « miracles ». Repensant à ce que Valérie avait dit à son retour de vacances, j'essaie de les tempérer... sans succès. Devant
mes réticences à donner du travail pour le week-end, ils repartent plutôt en colère et ne demanderont plus à ma rencontrer.
La situation en classe se dégrade au fil du trimestre. Les progrès redeviennent plus lents mais, le plus inquiétant, c'est cette panique qui semble saisir Valérie dès que
les choses lui semblent un peu difficiles. La fin de l'année
arrive. Valérie semble toujours heureuse de partir mais elle s'inquiète.
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« Tu vas leur dire ce que je sais faire? » me demande t-elle un jour en cour de récréation.
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«Ils le savent déjà puisque tu pars chez eux toutes les semaines.
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J'aimerais mieux que tu leur dises encore!
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Pourquoi?
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Sinon ils vont me faire faire des choses difficiles!
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D'accord! Je vais les rencontrer pour leur dire où tu en es. »
Cette conversation confirme mes soupçons. Cette famille, trop
exigeante sur le scolaire, est en train de ruiner les progrès de Valérie et d'entraver son avenir. Je prends donc rendez-vous. La rencontre est rude. Je sens des gens ne supportant pas l'idée d'avoir un enfant qui ne réussit pas
à l'école, des gens persuadés qu'ils peuvent tout changer en faisant du « gavage ». Je ne réussi pas à faire entendre qu'il faut laisser du temps à Valérie. Elle pourra peut-être
dépasser ses difficultés mais ce n'est pas une certitude compte tenu du retard qu'elle accuse déjà. Vouloir forcer les choses peut lui être nuisible... Je ne suis pas entendue. Et Valérie part
définitivement.
A la rentrée scolaire suivante, Valérie est de retour. La
famille refuse ses difficultés... Et l'enfant en subit les conséquences à deux niveaux. Elle doit faire le deuil de cette famille qu'elle a investi, se retrouvant à nouveau sans lien. Mais elle a
aussi régressé au niveau scolaire. Cet échec a provoqué un blocage tel que la moindre difficulté la paralyse. Il faudra du temps pour réparer ces dégâts.. Et du temps, Valérie n'en a plus, vu son
retard. Le regard des autres aura de plus en plus d'impact sur elle à mesure qu'elle va grandir, compliquant la situation.
Voilà l'histoire d'un échec des apprentissages qui n'est pas celui d'une enfant, ni celui d'une mauvaise transmission des savoirs mais bien l'histoire d'une relation
qui a échoué, d'une confiance qu'on n'a pas su établir, d'une exigence au delà de ce qui était possible.