Vendredi 22 octobre 2010
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Aujourd'hui je vais parler d'apprentissage... ce qu'il a été
pour l'adulte que je suis.
Il y a de cela un certain nombre d'années, je pensais devenir
éducatrice en milieu ouvert. J'avais passé avec succès les barrières de l'examen, il ne me restait plus que celle de l'entretien psychologique... Là, je n'ai pas franchi l'obstacle. « Mon
enfance heureuse ne me permettait pas de comprendre les jeunes des quartiers!»
Mon père, officier de police judiciaire, avait souvent eu à
prendre en charge le type de jeunes que je voulais rejoindre et aider. Souvent je l'avais entendu dire que son intervention était trop tardive, qu'il faudrait des personnes dans les quartiers qui
repèrent et accompagnent... C'était ce que je voulais faire. Le psychologue m'a conseillé de rejoindre la police judiciaire pour y exercer le métier d'éducatrice. Je n'ai pas donné suite. Je
souhaitais intervenir avant que la situation ne soit dégradée.
A l'époque, la formation à l'école normale se trouvait allongée
d'un an et aucun normalien ne sortait. Un fort recrutement de remplaçants devait combler ce manque. J'ai postulé, pensant que je me formerais ensuite pour aider les enfants en difficulté. Mon
souhait restait le même, faire que l'aide soit le plus précoce possible et aider l'enfant à aller le plus loin dans ce qu'il avait les capacités de réaliser.
Me voilà donc un beau matin de septembre devant une quinzaine
d'enfants de six à neuf ans... Une classe dans un établissement spécialisé, des enfants en retard scolaire pour la plupart! La réalité venait rejoindre mon désir... Mais elle m'a aussi fait
découvrir mes limites. Que faire avec ces élèves que les services sociaux avaient retiré de leur lieu de vie et qui n'avaient pas du tout la tête au travail scolaire? Mes belles idées volaient en
éclat!
Grâce à la directrice de l'école, qui exerçait là depuis de
nombreuses années, j'ai réussi à faire face à la situation. Dans un premier temps me dit-elle, l'apprentissage est secondaire. Il faut que les enfants se rassurent, acceptent la situation pour
pouvoir ensuite se mettre à apprendre... Elle a insisté sur la gestion des problèmes de comportement, donné des pistes... Bref, elle fut d'une grande aide.
Conjointement à cet accompagnement au jour le jour, les
remplaçants suivaient une formation un mercredi par mois. J'y ai appris à gérer les apprentissages (programmes, progressions, méthodes...) Mais, heureusement pour les élèves que ce fameux
programme n'était pas un objectif dans l'établissement spécialisé. Je ne pense pas que j'étais à la hauteur de ce point de vue. La théorie était belle mais la mise en pratique plus difficile. Et
un jour par mois ce n'était pas vraiment suffisant pour s'imprégner de l'une et l'adapter à l'autre... ce qu'une formation permettait elle!
Alors, pour ma part, je pense avoir fait souffrir des enfants
par mon inexpérience. Certes, la situation n'aurait pas été parfaite avec un savoir faire... mais il n'y aurait eu alors qu'a gérer l'adaptation de ce savoir faire aux élèves. Là, il m'a fallu
faire face au deux en même temps! Et alors, même dans un établissement spécialisé, les enfants n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui...