David est à l'école maternelle en grande section. C'est un « petit bonhomme inexistant. » Petit pour son âge mais aussi petit dans la place qu'il prend dans la classe... On pourrait l'oublier! Il n'est pas dans les jeux avec ses camarades. Il est absent aussi au niveau de l'expression orale. Il s'occupe mais toujours seul, dans un coin...
Ne réussissant pas à communiquer vraiment avec lui, la maîtresse demande de l'aide. L'observation confirme: Grande timidité, effacement à la limite du normal. Dans les activités proposées, il est rapide et efficace... quand il est seul. Lorsqu'on lui propose un jeu avec un tiers, il entre de nouveau dans sa coquille.
L'entretien avec la maman nous apprend qu'il est ainsi aussi à la maison. Fils unique, il ne joue jamais avec d'autres enfants. Dans la famille, il n'a pas de cousins de son age. Autre information, c'est sa première année d'école!
Comme il ne semble pas y avoir de problème psychologique, nous décidons de mettre en place un groupe d'aide temporaire pour l'aider à entrer en lien avec ses camarades. Ce sera un moyen d'affiner l'observation.
Pour aider les enfants à communiquer entre eux, la «Tortue Jeulin », un robot manipulé par les enfants pour apprendre à maîtriser l'espace, est bien utile. Ce n'est pas son objectif premier mais de fait, il permet aux enfants de parler les uns avec les autres. Dans un groupe de quatre, il n'y a qu'un robot. Un enfant le fait fonctionner, les autres observent, commentent, font des propositions. Il s'agit de faire se déplacer le robot et donc de donner les bons ordres à la machine. La première étape est souvent très individuelle, le temps que chacun comprennent le fonctionnement. Mais très vite certains enfants deviennent capable de conseiller leur camarade.
Dès la première séance, David est très efficace et ses trois camarades le félicitent... Petit sourire de sa part! Rapidement ils vont lui demander de l'aide... David prend alors les commandes de la machine. Cela va durer plusieurs séances avant que je donne une nouvelleconsigne: on peut aider son camarade en lui disant ce qu'il faut faire mais on doit lui laisser les commandes.David n'intervient pas, même si je vois bien qu'il voudrait aider. Les autres s'énervent: « David aide nous! Tu y arrive bien! »
Je lui demande: « Tu sais ce qu'il faut faire? » Mouvement de la tête pour dire oui. « Tu leur dis? » Silence. « Tu veux le faire? » et nouveau mouvement de la tête. « Tu prends les commandes et tu nous dis ce que tu fais? » Il se précipite sur la machine et déplace la tortue... J'arrête aussitôt son mouvement: « Tu peux dire à Fabrice ce que tu as fait? Il va essayer se le faire aussi.» ... Silence... Et puis, d'une toute petit voix il appelle Fabrice et lui montre. Je n'insiste pas. Il a déjà franchi une étape. La tortue va poursuivre ainsi son chemin par avancée successive, David montrant, Fabrice recommençant.
C'est ainsi, que peu à peu, David va commencer à communiquer avec ses camarades. Un prénom, quelques mots, des sourires... Dans la cour de récréation le changement va s'observer. Il a désormais des camarades de jeux, les quatre enfants de son groupe d'aide. Il parle encore peu avec eux mais ils jouent ensemble. Dans la classe, la maîtresse le sent plus serein, plus dans le groupe, même s'il ne s'y exprime pas encore.
Un exemple qui montre combien la rencontre de pairs est importante à la socialisation des enfants. Il montre aussi l'effet catalyseur que peut avoir un objet tiers, dans ce cas précis la tortue, pour entrer en communication avec l'autre.
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Samia entre au CP. Très timide, elle ne parle pas en classe. Quelques semaines après la rentrée, elle est
signalée par le maître. Il sent des capacités mais est inquiet de ce silence alors qu'elle s'exprime bien en cours de récréation.