Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 21:07
 

Quel rapport avec les cycles me direz-vous?

 

Les cycles, c'est trois années pendant lesquelles l'enfant entre dans un certain nombre d'apprentissages. (Grande section maternelle, CP, CE1 par exemple) Trois années ou il est censé avancer à son rythme...

Sauf qu'on continue à fonctionner en « classe », avec un programme pour chacune... Sauf que l'enseignant n'est pas formé à fonctionner en cycle, c'est à dire à prendre en compte qu'il peut y avoir des niveaux différents dans son groupe d'élèves... Sauf que l'enfant qui poursuit son cycle sans avoir tout à fait le niveau va quand même recevoir le même enseignement que celui qui est très performant....

Il y aura des aménagements bien sûr, du soutien scolaire, des projets individualisés... Et heureusement aussi des enseignants qui mettrons en place des groupes de niveaux... Mais l'enfant sera considéré comme d'un groupe classe particulier, évalué par rapport à lui... et donc en échec.

Si la classe était chaque fois composée de ces trois niveaux, à l'image des classes uniques, l'enfant pourrait, selon son niveau, participer à telle ou telle activité avec un groupe et à telle ou telle autre avec un autre. Il pourrait profiter de ce qui est donné au groupe qui le précède ou le suit. Il comblerait ses manques. Il se projetterait dans d'autres apprentissages... Tout cela à son rythme.

Le maître n'est pas le dépositaire d'un savoir qu'il va déverser dans la tête de ses élèves. Les élèves ne sont pas des « oies qu'on gavent ». L'apprentissage, c'est une histoire de relation, celle d'un enseignant qui aide les élèves à découvrir, d'un enfant qui entre dans des apprentissages, de la culture "maison" et celle de l'école...
Passé le temps du minimum à donner, les élèves peuvent découvrir seuls la majeure partie de ce qui propose l'enseignement primaire. L'enseignant est un guide qui aide à trouver les outils, qui met en forme ce que les élèves ont découvert, qui rassure, accompagne les plus en difficulté. Ainsi l'enfant découvre le plaisir d'apprendre, la notion d'effort. Il développe sa curiosité. Il s'arme pour le collège et le lycée ou l'autonomie sera de mise.

A l'époque ou j'enseignais, les cycles n'existaient pas encore... Mais ma classe les vivait de fait puisque j'avais des enfants entre 5 et 9 ans, le cycle II comme on dirait aujourd'hui!

Par Geneviève - Publié dans : Apprentissages
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 19:05
 


Pendant un grand nombre d'année, j'ai exercé dans une école spécialisée qui accueillaient les enfants d'un établissement à caractère social. Des enfants perturbés par ce qu'ils avaient vécu dans leur milieu familial, perturbés aussi par le retrait... Des enfants en grande souffrance la plupart du temps. Des enfants en retard scolaire parfois.

Qu'ai-je appris ? Que le temps qu'on croit perdre n'est jamais du temps perdu!

En voyant les semaines passer, on a envie d'accélérer le rythme pour entrer dans les « clous » du programme... C'est pure perte! J'en ai fait l'expérience.

Alors, il faut prendre du temps. Temps pour le laisser se poser... Temps pour « digérer » ces évènements douloureux... Temps pour reprendre confiance... Temps pour avoir envie de réinvestir le scolaire.. Pour certains, quelques semaines suffisent, pour d'autres il faut plusieurs mois.

Et pourtant j'ai vu des enfants finir leur année en ayant rattrapé le retard pris et qu'on pouvait scolariser à l'extérieur l'année suivante. J'ai vu des enfantais apprendre à lire en quelques mois alors qu'il faut une année entière à d'autres. J'ai vu des enfants reprendre confiance en eux et devenir capable de progresser par leurs propres moyens, ayant à peine besoin de l'enseignant...

Oui, quand on attend que l'enfant soit prêt, il peut nous étonner. Si on le bouscule pour lui faire prendre le rythme qu'on a décidé, alors il peut perdre confiance en lui, se bloquer et finalement ne pas évoluer favorablement alors qu'il a le potentiel pour.

Prendre son temps n'est pas perdre du temps. C'est respecter le rythme de l'enfant. C'est respecter l'enfant... La relation est alors complètement changée. L'enfant a confiance en l'enseignant. Il a aussi confiance en ses capacités à apprendre. Et il apprend. Et il comble son retard sans difficulté la plupart du temps.

 

Quel rapport avec les cycles me direz-vous? Ce sera pour la prochaine fois!

 

Par Geneviève - Publié dans : Apprentissages
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /2009 17:57



     David est à l'école maternelle en grande section. C'est un « petit bonhomme inexistant. » Petit pour son âge mais aussi petit dans la place qu'il prend dans la classe... On pourrait l'oublier! Il n'est pas dans les jeux avec ses camarades. Il est absent aussi au niveau de l'expression orale. Il s'occupe mais toujours seul, dans un coin...

     Ne réussissant pas à communiquer vraiment avec lui, la maîtresse demande de l'aide. L'observation confirme: Grande timidité, effacement à la limite du normal. Dans les activités proposées, il est rapide et efficace... quand il est seul. Lorsqu'on lui propose un jeu avec un tiers, il entre de nouveau dans sa coquille.

     L'entretien avec la maman nous apprend qu'il est ainsi aussi à la maison. Fils unique, il ne joue jamais avec d'autres enfants. Dans la famille, il n'a pas de cousins de son age. Autre information, c'est sa première année d'école!

     Comme il ne semble pas y avoir de problème psychologique, nous décidons de mettre en place un groupe d'aide temporaire pour l'aider à entrer en lien avec ses camarades. Ce sera un moyen d'affiner l'observation.

     Pour aider les enfants à communiquer entre eux, la «Tortue Jeulin », un robot manipulé par les enfants pour apprendre à maîtriser l'espace, est bien utile. Ce n'est pas son objectif premier mais de fait, il permet aux enfants de parler les uns avec les autres. Dans un groupe de quatre, il n'y a qu'un robot. Un enfant le fait fonctionner, les autres observent, commentent, font des propositions. Il s'agit de faire se déplacer le robot et donc de donner les bons ordres à la machine. La première étape est souvent très individuelle, le temps que chacun comprennent le fonctionnement. Mais très vite certains enfants deviennent capable de conseiller leur camarade.

     Dès la première séance, David est très efficace et ses trois camarades le félicitent... Petit sourire de sa part! Rapidement ils vont lui demander de l'aide... David prend alors les commandes de la machine. Cela va durer plusieurs séances avant que je donne une nouvelleconsigne: on peut aider son camarade en lui disant ce qu'il faut faire mais on doit lui laisser les commandes.David n'intervient pas, même si je vois bien qu'il voudrait aider. Les autres s'énervent: « David aide nous! Tu y arrive bien! »

    Je lui demande: « Tu sais ce qu'il faut faire? » Mouvement de la tête pour dire oui. « Tu leur dis? » Silence. « Tu veux le faire? » et nouveau mouvement de la tête. « Tu prends les commandes et tu nous dis ce que tu fais? » Il se précipite sur la machine et déplace la tortue... J'arrête aussitôt son mouvement: « Tu peux dire à Fabrice ce que tu as fait? Il va essayer se le faire aussi.» ... Silence... Et puis, d'une toute petit voix il appelle Fabrice et lui montre. Je n'insiste pas. Il a déjà franchi une étape. La tortue va poursuivre ainsi son chemin par avancée successive, David montrant, Fabrice recommençant.

     C'est ainsi, que peu à peu, David va commencer à communiquer avec ses camarades. Un prénom, quelques mots, des sourires... Dans la cour de récréation le changement va s'observer. Il a désormais des camarades de jeux, les quatre enfants de son groupe d'aide. Il parle encore peu avec eux mais ils jouent ensemble. Dans la classe, la maîtresse le sent plus serein, plus dans le groupe, même s'il ne s'y exprime pas encore.

Un exemple qui montre combien la rencontre de pairs est importante à la socialisation des enfants. Il montre aussi l'effet catalyseur que peut avoir un objet tiers, dans ce cas précis la tortue, pour entrer en communication avec l'autre.

 

 

Par Geneviève - Publié dans : Communication
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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 11:39

     Samia entre au CP. Très timide, elle ne parle pas en classe. Quelques semaines après la rentrée, elle est signalée par le maître. Il sent des capacités mais est inquiet de ce silence alors qu'elle s'exprime bien en cours de récréation.

     Mustapha, lui aussi fait son entrée à l'école primaire. Comme Samia, il est très timide et ne parle jamais en classe. Comme elle aussi, il parle avec ses camarades dans la cour. Le signalement du maître est plus négatif: « Il ne s'intéresse pas à ce qui se fait en classe! »

      La langue n'est un problème pour aucun des deux. Certes, la maîtrise du français n'est pas parfaite mais elle ne justifie en rien leur comportement en classe. Il faut donc sonder plus en profondeur pour tenter de comprendre ce qui provoque ce silence et ce désintérêt signalé dans le cas de Mustapha.

     Comme chaque fois, l'observation de l'enfant passe par un travail avec lui et par la rencontre des parents. Dans les deux cas, je rencontre un papa qui maîtrise parfaitement la langue française. La maman, elle, ne parle pas cette langue et, à la maison, on ne l'emploie jamais.

     De fait, et je l'ai déjà signalé dans une autre histoire, ces situations familiales sont souvent perturbantes pour les enfants. Ils n'osent pas utiliser la langue qu'on ne parle pas à la maison, sauf avec leurs pairs. C'est un peu comme si cela signifiait un interdit. Je travaille donc cette question avec les parents qui, devant moi, donnent à leur enfant le droit de parler français. Ils acceptent aussi de les aider dans leur travail à la maison... problématique en effet s'ils ne peuvent y parler français.

     Pour faciliter la prise de parole, nous décidons, les enseignants et moi, de mettre en place une aide à l'expression orale jusqu'aux vacances de Noël. Le petit groupe donne confiance. On ose s'exprimer et cela devrait se répercuter dans la classe.

     Dès la fin novembre, la situation s'améliore pour Samia... et elle se retrouve vite en situation de réussite dans sa classe. L'arrêt programmé pour la fin d'année ne pose pas problème.

     Pour Mustapha, il en est autrement. Dan le petit groupe il est beaucoup plus à l'aise, autant que Samia, mais cela ne se répercute pas dans sa classe. Le maître reste très négatif sur son potentiel alors que je le sens curieux et désireux d'apprendre. L'évaluation confirme le discours du maître. L'aide va donc se poursuivre mais avec un nouvel objectif. Cette fois, il s'agira d'aider Mustapha à s'investir dans les apprentissages.

     En février, les progrès dans le groupe d'aide sont manifestes. Hélas rien ne se passe en classe. Il est moins silencieux mais semble toujours ne pas s'intéresser à ce qui lui est proposé. Je propose quelques pistes au maître pour mettre l'enfant en situation de réussite et tenter d'inverser la situation mais je sens de la réticence de sa part. Il reste très négatif sur les possibilités de l'enfant et ne croit pas vraiment à une évolution favorable.

     De fait la situation va perdurer... et le décalage s'accentuer. Dans le groupe d'aide Mustapha avance dans l'apprentissage de la lecture mais il ne réinvestit pas ses acquis en classe. Je reprend avec lui l'évaluation de fin d'année et il est alors capable de réussir certains exercices. Je le félicite... et il a me dit: « Le maître y croit toujours que j'peux pas! »

     Voilà encore une clé de la réussite: Ce maître ne croyait pas vraiment aux capacités de Mustapha, et cela dès le début. L'enfant l'a senti et n'a pas réussi à montrer ce dont il était capable. Samia, elle, a bénéficié du regard positif de son maître.

 

 

Par Geneviève - Publié dans : Apprentissages
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Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /2009 22:35

 

     Nous retrouvons Maxime. Il entre en moyenne section. La structure de l'école nécessite des classes à double niveau. Compte tenu de son âge, il est avec un groupe de grande section.

     Toujours aussi effacé, Maxime attire pourtant l'attention de la maîtresse. Il s'intéresse beaucoup à ce que font « les grands » et elle perçoit rapidement qu'il est gêné par sa timidité. Alors elle sollicite et découvre ce dont il est capable, lui donne en fonction de ce qu'il sait. L'école devient un plaisir pour Maxime. Enfin il a l'impression « d'apprendre ».

      La maîtresse remarque quelques défauts de prononciation qui pourraient lui nuire. Un biais aussi pour travailler sur la timidité... Les premières séances avec l'orthophoniste sont un peu difficiles. Lieu nouveau, personne nouvelle... Mais Maxime veut faire plaisir. Il veut réussir.

     Peu à peu il se sent plus en confiance et cela retentit sur la classe. Il est moins effacé. Il reste timide mais ose répondre quand on l'interroge. Il ose aussi prendre la parole pour demander quelque chose.

     Cette fois, il est bien parti... Mais que de temps perdu. Sans cette fixation sur la sieste, sans la doute la maîtresse aurait-elle repéré le malaise de l'enfant, un malaise qu'elle a sans doute accentué, sans s 'en rendre compte. Il aurait sans doute pu profiter plus pleinement de sa classe à double niveau... et pourquoi pas, entrer de manière anticipée au CP. Sa curiosité le fait avancer seul. Les vacances ne sont pas un temps d'arrêt dans ses apprentissages mais un temps de maturation de ce qu'il a vu et entendu en classe.

      Aujourd'hui, il va entrer en grande section mais il sait déjà lire des syllabes. Il repère que, dans les mots où l'on entend la même chose, on voit le même groupe de lettres. Il questionne quand il bute sur quelque chose: « Qu'est-ce que c'est? Comment on le lit? » Alors doit-on lui dire « Tu verras cela au CP? »

Par Geneviève - Publié dans : Apprentissages
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  • : Relation enfants - apprentisages

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