Dimanche 8 novembre 2009

     David est à l'école maternelle en grande section. C'est un « petit bonhomme inexistant. » Petit pour son âge mais aussi petit dans la place qu'il prend dans la classe... On pourrait l'oublier! Il n'est pas dans les jeux avec ses camarades. Il est absent aussi au niveau de l'expression orale. Il s'occupe mais toujours seul, dans un coin...

     Ne réussissant pas à communiquer vraiment avec lui, la maîtresse demande de l'aide. L'observation confirme: Grande timidité, effacement à la limite du normal. Dans les activités proposées, il est rapide et efficace... quand il est seul. Lorsqu'on lui propose un jeu avec un tiers, il entre de nouveau dans sa coquille.

     L'entretien avec la maman nous apprend qu'il est ainsi aussi à la maison. Fils unique, il ne joue jamais avec d'autres enfants. Dans la famille, il n'a pas de cousins de son age. Autre information, c'est sa première année d'école!

     Comme il ne semble pas y avoir de problème psychologique, nous décidons de mettre en place un groupe d'aide temporaire pour l'aider à entrer en lien avec ses camarades. Ce sera un moyen d'affiner l'observation.

     Pour aider les enfants à communiquer entre eux, la «Tortue Jeulin », un robot manipulé par les enfants pour apprendre à maîtriser l'espace, est bien utile. Ce n'est pas son objectif premier mais de fait, il permet aux enfants de parler les uns avec les autres. Dans un groupe de quatre, il n'y a qu'un robot. Un enfant le fait fonctionner, les autres observent, commentent, font des propositions. Il s'agit de faire se déplacer le robot et donc de donner les bons ordres à la machine. La première étape est souvent très individuelle, le temps que chacun comprennent le fonctionnement. Mais très vite certains enfants deviennent capable de conseiller leur camarade.

     Dès la première séance, David est très efficace et ses trois camarades le félicitent... Petit sourire de sa part! Rapidement ils vont lui demander de l'aide... David prend alors les commandes de la machine. Cela va durer plusieurs séances avant que je donne une nouvelleconsigne: on peut aider son camarade en lui disant ce qu'il faut faire mais on doit lui laisser les commandes.David n'intervient pas, même si je vois bien qu'il voudrait aider. Les autres s'énervent: « David aide nous! Tu y arrive bien! »

    Je lui demande: « Tu sais ce qu'il faut faire? » Mouvement de la tête pour dire oui. « Tu leur dis? » Silence. « Tu veux le faire? » et nouveau mouvement de la tête. « Tu prends les commandes et tu nous dis ce que tu fais? » Il se précipite sur la machine et déplace la tortue... J'arrête aussitôt son mouvement: « Tu peux dire à Fabrice ce que tu as fait? Il va essayer se le faire aussi.» ... Silence... Et puis, d'une toute petit voix il appelle Fabrice et lui montre. Je n'insiste pas. Il a déjà franchi une étape. La tortue va poursuivre ainsi son chemin par avancée successive, David montrant, Fabrice recommençant.

     C'est ainsi, que peu à peu, David va commencer à communiquer avec ses camarades. Un prénom, quelques mots, des sourires... Dans la cour de récréation le changement va s'observer. Il a désormais des camarades de jeux, les quatre enfants de son groupe d'aide. Il parle encore peu avec eux mais ils jouent ensemble. Dans la classe, la maîtresse le sent plus serein, plus dans le groupe, même s'il ne s'y exprime pas encore.

Un exemple qui montre combien la rencontre de pairs est importante à la socialisation des enfants. Il montre aussi l'effet catalyseur que peut avoir un objet tiers, dans ce cas précis la tortue, pour entrer en communication avec l'autre.

 

 

Par Geneviève - Publié dans : Communication
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Mardi 29 septembre 2009

     Samia entre au CP. Très timide, elle ne parle pas en classe. Quelques semaines après la rentrée, elle est signalée par le maître. Il sent des capacités mais est inquiet de ce silence alors qu'elle s'exprime bien en cours de récréation.

     Mustapha, lui aussi fait son entrée à l'école primaire. Comme Samia, il est très timide et ne parle jamais en classe. Comme elle aussi, il parle avec ses camarades dans la cour. Le signalement du maître est plus négatif: « Il ne s'intéresse pas à ce qui se fait en classe! »

      La langue n'est un problème pour aucun des deux. Certes, la maîtrise du français n'est pas parfaite mais elle ne justifie en rien leur comportement en classe. Il faut donc sonder plus en profondeur pour tenter de comprendre ce qui provoque ce silence et ce désintérêt signalé dans le cas de Mustapha.

     Comme chaque fois, l'observation de l'enfant passe par un travail avec lui et par la rencontre des parents. Dans les deux cas, je rencontre un papa qui maîtrise parfaitement la langue française. La maman, elle, ne parle pas cette langue et, à la maison, on ne l'emploie jamais.

     De fait, et je l'ai déjà signalé dans une autre histoire, ces situations familiales sont souvent perturbantes pour les enfants. Ils n'osent pas utiliser la langue qu'on ne parle pas à la maison, sauf avec leurs pairs. C'est un peu comme si cela signifiait un interdit. Je travaille donc cette question avec les parents qui, devant moi, donnent à leur enfant le droit de parler français. Ils acceptent aussi de les aider dans leur travail à la maison... problématique en effet s'ils ne peuvent y parler français.

     Pour faciliter la prise de parole, nous décidons, les enseignants et moi, de mettre en place une aide à l'expression orale jusqu'aux vacances de Noël. Le petit groupe donne confiance. On ose s'exprimer et cela devrait se répercuter dans la classe.

     Dès la fin novembre, la situation s'améliore pour Samia... et elle se retrouve vite en situation de réussite dans sa classe. L'arrêt programmé pour la fin d'année ne pose pas problème.

     Pour Mustapha, il en est autrement. Dan le petit groupe il est beaucoup plus à l'aise, autant que Samia, mais cela ne se répercute pas dans sa classe. Le maître reste très négatif sur son potentiel alors que je le sens curieux et désireux d'apprendre. L'évaluation confirme le discours du maître. L'aide va donc se poursuivre mais avec un nouvel objectif. Cette fois, il s'agira d'aider Mustapha à s'investir dans les apprentissages.

     En février, les progrès dans le groupe d'aide sont manifestes. Hélas rien ne se passe en classe. Il est moins silencieux mais semble toujours ne pas s'intéresser à ce qui lui est proposé. Je propose quelques pistes au maître pour mettre l'enfant en situation de réussite et tenter d'inverser la situation mais je sens de la réticence de sa part. Il reste très négatif sur les possibilités de l'enfant et ne croit pas vraiment à une évolution favorable.

     De fait la situation va perdurer... et le décalage s'accentuer. Dans le groupe d'aide Mustapha avance dans l'apprentissage de la lecture mais il ne réinvestit pas ses acquis en classe. Je reprend avec lui l'évaluation de fin d'année et il est alors capable de réussir certains exercices. Je le félicite... et il a me dit: « Le maître y croit toujours que j'peux pas! »

     Voilà encore une clé de la réussite: Ce maître ne croyait pas vraiment aux capacités de Mustapha, et cela dès le début. L'enfant l'a senti et n'a pas réussi à montrer ce dont il était capable. Samia, elle, a bénéficié du regard positif de son maître.

 

 

Par Geneviève - Publié dans : Apprentissages
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Mardi 15 septembre 2009

 

     Nous retrouvons Maxime. Il entre en moyenne section. La structure de l'école nécessite des classes à double niveau. Compte tenu de son âge, il est avec un groupe de grande section.

     Toujours aussi effacé, Maxime attire pourtant l'attention de la maîtresse. Il s'intéresse beaucoup à ce que font « les grands » et elle perçoit rapidement qu'il est gêné par sa timidité. Alors elle sollicite et découvre ce dont il est capable, lui donne en fonction de ce qu'il sait. L'école devient un plaisir pour Maxime. Enfin il a l'impression « d'apprendre ».

      La maîtresse remarque quelques défauts de prononciation qui pourraient lui nuire. Un biais aussi pour travailler sur la timidité... Les premières séances avec l'orthophoniste sont un peu difficiles. Lieu nouveau, personne nouvelle... Mais Maxime veut faire plaisir. Il veut réussir.

     Peu à peu il se sent plus en confiance et cela retentit sur la classe. Il est moins effacé. Il reste timide mais ose répondre quand on l'interroge. Il ose aussi prendre la parole pour demander quelque chose.

     Cette fois, il est bien parti... Mais que de temps perdu. Sans cette fixation sur la sieste, sans la doute la maîtresse aurait-elle repéré le malaise de l'enfant, un malaise qu'elle a sans doute accentué, sans s 'en rendre compte. Il aurait sans doute pu profiter plus pleinement de sa classe à double niveau... et pourquoi pas, entrer de manière anticipée au CP. Sa curiosité le fait avancer seul. Les vacances ne sont pas un temps d'arrêt dans ses apprentissages mais un temps de maturation de ce qu'il a vu et entendu en classe.

      Aujourd'hui, il va entrer en grande section mais il sait déjà lire des syllabes. Il repère que, dans les mots où l'on entend la même chose, on voit le même groupe de lettres. Il questionne quand il bute sur quelque chose: « Qu'est-ce que c'est? Comment on le lit? » Alors doit-on lui dire « Tu verras cela au CP? »

Par Geneviève - Publié dans : Apprentissages
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Dimanche 6 septembre 2009

 

     C'est la rentrée pour Maxime. Il a trois ans et demi et va faire ses premiers pas à l'école. Il est pressé d'y aller « pour apprendre »...
     Mais il sait déjà plein de choses!
Il est curieux, intéressé par ce que fait sa grande soeur qui va entrer au cours élémentaire. Avec elle il a appris à compter, et pas seulement à réciter la comptine... Il s'interesse aux lettres et aux mots... et reconnaît déjà son prénom, celui de sa soeur, papa, maman, nomme la première lettre de chacun de ces mots. Il fait des puzzles d'une vingtaine de pièces... Un handicap pour lui, il est très timide.

     Les premiers jours sont difficiles. Parce que nouveaux lieux, nouvelles personnes, nouveaux rythmes, cantine, centre aéré le soir... Rien que du normal. Hélas, les choses ne s'arrangent pas. Maxime est un « petit dormeur ». Douze heures de sommeil lui suffisent. La sieste de l'après-midi est une des causes de la difficulté qui persiste. Mais il y en a une autre. « On fait rien » dit-il quand on lui parle de l'école.

     Voici la journée pour les parents, et la découverte de ce qui est attendu à la fin de la petite section... Maxime le fait déjà! L'entretien privé avec la maîtresse est difficile. La maman apprend que Maxime est très effacé, ne participe pas, pose de gros problèmes à la sieste. Ce dernier point focalise d'ailleurs toute l'attention de l'enseignante. Elle n'entendra pas que Maxime s'ennuie, qu'il est capable de faire des puzzles plus complexes que les encastrements qu'elle a proposé jusqu'ici, qu'il ne fait plus de sieste depuis six mois, celle-ci nuisant à son repos de soir, et cela sur le conseil du médecin... Bref, elle suit son idée. Elle « sait » ce qui est bon pour les enfants, et, renvoie, sûrement sans en avoir conscience, que les parents, eux « ne savent pas ».

     Chaque bilan répète ce constat, cela jusqu'en fin d'année. Même si Maxime va plus spontanément en classe, chaque reprise est difficile: le retour de week-end, les périodes de vacances...


     Le résultat? Un enfant qui appréhende l'école à chaque rentrée. Heureusement il n'a pas perdu son appétit pour apprendre, entretenu par ce qu'il trouve à la maison avec ses parents, sa soeur... Espérons que la prochaine année lui apportera plus de satisfaction. Sinon, le rsique est grand. Le désintérêt est le premier pas vers l'échec scolaire, même chez les enfants qui ont un potentiel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Geneviève - Publié dans : Apprentissages
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Samedi 1 août 2009


 .... David et deux de ses camarades avancent à grands pas. La feuille passe au A4, les outils sont plus minces... Et arrive le stylo. Un peu hésitants au début, ils finissent par se laisser prendre par la comptine. Le rappel de la consigne, « Ce n'est pas de l'écriture, on laisse juste une trace sur le papier », les rassure.

Je décide d'évaluer leurs progrès sans le support de la comptine. A disposition, pinceaux, feutres et stylos. Chacun prend l'outil qu'il veut. David, spontanément, prend le pinceau... et s'en sort très bien. Il est un peu crispé mais seul les poils du pinceau touchent la feuille. Peu à peu le geste devient plus souple... Et je l'entends murmurer les comptines à mesure qu'il change de graphisme. Alors je lui propose de passer au feutre, au stylo. Comme pour le pinceau, il se détend peu à peu. La dernière étape peut se mettre en place.

Le travail va porter sur une maîtrise plus fine de l'outil. Il ne s'agit pas d'écrire des lettres mais de reprendre les graphismes travaillés jusqu'alors en respectant une hauteur imposée, en serpentant entre des obstacles, en les enjambant... et sans jamais lever le crayon qu'on tient du bout des doigts. C'est ce dernier point qui est central et qui retiendra mon attention.

David entre dans l'activité avec réticence. Je décide de l'aider en tenant sa main. Je sens sa main crispée sous la mienne mais, très vite, il se laisse conduire pour réaliser le graphisme qu'il a lui-même choisi. Je lui propose alors d'essayer seul. « Tu fais exactement comme quand je tiens ta main. Tu n'as pas besoin d'appuyer. Si le crayon ne marque pas sur la feuille, ce n'est pas grave. Tu vois, ici... là... nous n'avons pas laissé de trace » Je montre en même temps les endroits ou le crayon n'a pas écrit. Il se lance. Son visage est crispé mais sa main relativement souple et agile se déplace sur la feuille. Peu à peu son visage se détend.

Il faudra plusieurs séances avant de pouvoir affiner les graphismes et préparer le passage à l'écriture proprement dite. Ce sera le prénom, au feutre et en grand format, puis en plus réduit, ou avec un stylo, un crayon...

Pendant ce temps, en classe, la maîtresse a pu constater des progrès. Les feuilles sont de moins en moins souvent perforées par l'outil. Elle peut proposer ponctuellement du travail au crayon sans passer son temps à tailler les mines.

Il aura fallu attendre février pour arrêter l'aide avec David... Certains ont poursuivi jusqu'à Pâques. Pour d'autres ce fut encore plus long avec reprise de l'écriture des lettres, une par une.

 

 

 

 

Par Geneviève - Publié dans : Ecriture
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  • : Relation enfants - apprentisages

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